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               L'INIMAGINABLE DESTIN DE MON GRAND ONCLE EDOUARD MONTIGNY


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l'inimaginable destin d'Edouard Montigny (1894-1944) - auteur : Yves Roussel Montigny

revue TERNESIA n° 19 du Cercle Historique de Ternois

Edouard Montigny est né en 1894 au hameau de Belval , commune de Troisvaux. Il est affecté au 272ème Régiment d'Infanterie, qui dépend de la 3ème Division d'Infanterie dont l'Etat Major est à Amiens. son Régiment qui revient tout juste de combats sur les Hauts de Meuse, se trouve en ligne, quelques jours après le début des Offensives sur la Somme (mi-juillet 1916).

Edouard est grièvement blessé le 24 septembre 1916 ; l'Ordre de janvier 1917, du Quartier Général des Armées Nord et Nord-Est, qui lui confère la Médaille Militaire avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme indique :
" Voltigeur très brave et plein d'entrain, toujours volontaire pour les missions dangereuses. Le 24 septembre 1916 a été grièvement blessé à son poste de guetteur, par un éclat d'obus. Désarticulation de la cuisse gauche"

Il est transféré à l'hôpital Canadien de Saint cloud, et pris en charge par le Chirurgien en chef de l'hôpital, le Lieutenant-Colonel François de Martigny
Des articles de presse (nous ne savons pas si ces articles proviennent de journaux Français ou Canadien), rapportent la façon dont est traité médicalement le Soldat Montigny :

" Un jour le Soldat Français Montigny arriva à l'hôpital mourant, on pratiqua sur lui une opération mais le blessé avait perdu une si grande abondance de sang, que la mort semblait imminente. Le Docteur François de Martigny tenta le dernier remède.

Appelant le Soldat Turgeon, il lui dit :
" - Ce Soldat va mourir, veux tu lui sauver la vie
- Certainement Colonel
- Il lui faut du sang nouveau
- prenez le mien "

Aussitôt conclu, aussitôt fait. Le Français gisait sans connaissance sur la table d'opération. Le Canadien se coucha près de lui, le bras de l'un fut rapproché du bras gauche de l'autre, et les veines ouvertes, le sang commença à circuler.
L'opération dura deux heures et fut faite par le médecin - Lieutenant - Colonel. Après une période de convalescence, dont la famille détient quelques photographies, le Soldat Edouard Montigny à rejoint sa famille dans le Ternois.

Un mot du Soldat Canadien EdgarTurgeon, à qui le Ministère de la Guerre français , décerna une médaille en récompense de son dévouement , il s'agit d'un étudiant en art dentaire de Montréal, n'écoutant que son désir de se dépenser pour la cause des alliés, le jeune étudiant à demandé la faveur de partir avec le contingent du Colonel Beauchamp. Arrivé en Europe, il fut choisi avec une centaine de ses compagnons pour prêter aide aux médecins et étudiants de l'hôpital du Colonel Mignault à saint Cloud. Le Lieutenant-Colonel
de Martigny,qui avait apprécié sa valeur, l'attacha à l'hôpital, pour le traitement des blessés des maxillaires et de la face.

Lorsqu'il retrouve son Ternois natal. Il fonde une famille et épouse Yvonne Codevelle. Il est équipé d'une prothèse que la famille appelle jambe articulée. Il entreprend alors, une activité de bourrelier, au 50 ter rue d'Hesdin à Saint Pol (actuellement faisant angle avec la rue de la France). Afin de situer ce lieu, il sera occupé et exploité, plus tard par son fils Raymond, également bourrelier, et son épouse Marie Thérèse née Culiez, qui s'occupe du magasin de maroquinerie ayant façade rue d'Hesdin.


Le 24 juin 1944, lors de l'un des nombreux bombardements aérien de Saint Pol sur Ternoise, Edouard Montigny perd la vie, à presque cinquante ans. L'auteur du récit de cette journée le tient d'une conversation avec Léon, l'autre fils d'Edouard Montigny :

Edouard se trouvait avec son épouse et ses deux fils, dans une pièce de la maison de la famille Derisbourg, qui exploitait un commerce de cuirs, et qui fournissait la maison Montigny pour ses fabrications. Madame Derisbourg avait alors prêté ce local, en pensant que la maison des Montigny, rue d'Hesdin représentait plus de danger car proche de la voix ferrée.
Ce fils, Léon, qui m'a rapporté cette journée, est alors parti s'abriter dans la maison de la famille Lessieux, près de l'actuelle banque de la place du Général Leclerc.
D'après les occupants de la maison Derisbourg, l'etablissement Sainte Anne, à proximité, est transformé en Etat Major Allemand, mais une croix rouge a été installée sur le toit, pour faire croire qu'il s'agit d'un hôpital (ou d'une annexe).
c'est certainement la fin de l'après midi, une forteresse volante bombarde le quartier ; et la maison Derisbourg est touchée. La famille ne saura pas s'il s'agit d'un avion Anglais ou Américain, mais pense que c'est l'Institution Sainte Anne qui est visée.

Edouard Montigny est retrouvé dans les décombres, la jambe articulée coincée et le bras, du même côté arraché. Le second fils, Raymond, porte secours à sa mère. Les secours ont sorti le blessé inconscient à l'aide d'un lasso.
Il est transporté dans les locaux voisins de Saint Anne où un médecin Allemand pratiqua une injection d'adrénaline
mais bien vite, Edouard Montigny décède.

L'heure indiquée sur l'acte de décès est dix neuf heures quinze.
Le deux avril 1946, la mention "Mort pour la France" y sera ajoutée.

Mon Grand Oncle Edouard repose au cimetière de Wavrans sur Ternoise (Pas de Calais)

Je voudrais rendre hommage, en complément de ce récit, à Florimond Montigny (frère d'Edouard) et leur cousin Léon Dumont, tous deux décédés "Morts pour la France" respectivement le 27 juillet 1918 (dans l'Oise), et le 14 septembre 1916 (dans la Somme).

Leur sépulture commune, recemment rénovée par la famille se trouve à Belval, près de la petite église